Mardi 6 janvier, 9h00. La salle de conférence du CES de Las Vegas est remplie pour le coup d'envoi de Deloitte : « Tech Trends 2026 ». Oubliez les démonstrations techniques parfois déconnectées des usages. Cette année, le message est clair : l'IA a franchi les portes des départements IT pour s'installer durablement dans le bureau des CEO. La technologie ne "prédit" plus le futur, elle le façonne sous l'impulsion directe des métiers.
Autour de Bill Griggs (CTO de Deloitte),
le plateau est impressionnant :
Ce n'est pas une discussion sur les algorithmes, mais sur la transformation profonde de la société et de l'entreprise.
L'ambiance est au pragmatisme. Ming Hua de Meta évoque des lunettes intelligentes qui ne sont plus des gadgets mais des extensions de notre capacité à interagir avec le monde physique. Courtney Naudo, pour Walmart, décrit une expérience d'achat "agentique" où l'IA ne se contente pas de suggérer, mais d'accompagner le client jusque dans son salon. Le ton est donné : l'IA est devenue "naturelle", se fondant dans la culture et les processus humains. On ne parle plus de "cloud" ou de "data" comme des concepts abstraits, mais de revenus générés et de confiance utilisateur.
Le rapport "Tech Trends 2026" marque la fin de l'expérimentation. L'heure est à l'impact opérationnel et au passage à l'échelle à travers cinq piliers :
1. L'IA devient physique (AI goes physical) 🤖
L'IA ne reste plus enfermée dans les écrans ; elle s'incarne dans des robots dotés de "bon sens" et de capacités spatiales. La convergence entre les modèles de fondation et la robotique permet d'automatiser des tâches complexes dans le monde réel.
Le chiffre : 83% des leaders technologiques prévoient d'augmenter leurs investissements dans les systèmes autonomes ou la robotique au cours des deux prochaines années.
2. La réalité agentique (The agentic reality check) 🧠
On passe du simple chatbot à une "main-d'œuvre à base de silicium". Les agents IA ne se contentent plus de répondre, ils agissent, planifient et collaborent de manière autonome. Cela impose de repenser la structure même du travail humain.
Le chiffre : 91% des organisations investissent déjà dans des agents IA ou prévoient de le faire prochainement.
3. Le bilan des infrastructures (The infrastructure reckoning) ⚡
L'explosion de l'IA demande une puissance de calcul colossale. La tendance est à l'optimisation des stratégies de "compute" (Edge computing, puces spécialisées) pour passer d'une économie d'entraînement des modèles à une économie d'inférence (utilisation quotidienne).
Le chiffre : Pour la première fois, 65% des dirigeants s'attendent à ce que l'IA génère des revenus directs plutôt que de simples économies de coûts.
4. La grande reconstruction (The great rebuild) 🏗️
L'organisation IT traditionnelle est obsolète. Les entreprises doivent pivoter vers un modèle "AI-native". Les décisions ne sont plus prises uniquement par la tech, mais par les métiers pour intégrer l'IA au cœur des processus de l'entreprise.
Le chiffre : 74% des leaders affirment que la culture et la formation sont désormais plus cruciales que l'achat de la technologie elle-même.
5. Le dilemme de l'IA et la cybersécurité (The AI dilemma) 🛡️
L'IA est une épée à double tranchant : elle donne des super-pouvoirs aux attaquants (phishing sophistiqué, malwares auto-adaptatifs) mais devient l'arme ultime de cyber-défense pour détecter les menaces en temps réel.
Le chiffre : Une écrasante majorité d'entreprises voit désormais la sécurité de l'IA comme le risque n°1, entraînant une refonte totale des protocoles de confiance.
L'agentique monte en puissance
La maturité réelle : Nous sortons de la phase de découverte. Si les prototypes étaient rois en 2024, 2026 est l'année du produit fini. L'IA agentique est prête, mais elle nécessite une infrastructure de données impeccable ("hard work of building foundations") que beaucoup sous-estiment encore.
La souveraineté : Le défi reste entier pour l'Europe : comment intégrer ces capacités physiques et agentiques tout en gardant le contrôle sur la donnée ? La "Security by design" est un impératif de souveraineté.
L'impact humain : L'IA doit "garder l'humain à la maison". L'idée n'est pas de remplacer, mais d'augmenter l'autonomie. Le gain de temps doit être réinvesti dans la stratégie et la relation humaine pour ne pas devenir une simple course à la productivité vide de sens.
Pour aller plus loin : Consultez le rapport complet Tech Trends 2026 de Deloitte pour une analyse approfondie des cinq tendances qui redéfinissent l'entreprise de demain.
L'IA au CES 2026 n'est plus une promesse, c'est une exigence de direction générale. Mais alors que les agents commencent à agir pour nous, une question demeure : qui sera le maître de ces nouveaux majordomes numériques ?